Les volcanos devils

Définition de la coulée pyroclastique  :
Il s’agit de la fusion de gaz volcaniques, de vapeur d’eau et de fragments de lave plus ou moins solide, plus ou moins liquide, émis par le volcan lors d’une éruption. Cette lave est elle-même issue du magma, réserve de roche en fusion dans lequel le volcan puise à sa convenance …

Lorsqu’on demandait à Katia pourquoi Maurice et elle n’avaient pas eu d’enfants, elle répondait invariablement :
« Des enfants ? Mais tous les volcans sont nos enfants. »
Maurice et Katia Krafft étaient de bons parents à la tête d’une famille fort nombreuse : environ 175 enfants-volcans auxquels une relation forte, affective les unissait .
A la moindre alerte, à la moindre éruption de l’un d’entre eux, les « volcano devils » – surnom amical que leur donnaient leurs collègues volcanologues américains – Katia et Maurice, donc, sautaient dans le premier avion disponible et accouraient au chevet de l’enfant. Un sac de voyage était toujours prêt pour faciliter les départs précipités et souvent nocturnes.
Oui, c’était de bons parents qui savaient s’y prendre avec les enfants. Et comme vous le savez, les enfants, il n’y en a pas deux identiques.
Il y a ceux qui se la coulent douce.
Prenez les petits volcans d’Auvergne, par exemple. Il sont tous en récréation pour une durée indéterminée. Ils s’appellent Mary, Griou, Pariou, des noms bien rassurants n’est-ce pas?
Et puis, il y a ceux qui explosent pour un rien , des « soupe au lait » des sournois, des imprévisibles, il y a même des nouveaux-nés ! Inutile d’aller au bout du monde, vous en trouverez au nord de la Sicile.
Un amour fusionnel liait les Krafft à leurs enfants-volcans, ils avaient, disaient leurs amis, une boulimie d’éruptions; il est vrai qu’on ne les a jamais vus rassasiés.
Mais comme eux, certains volcans n’ont pas d’heure pour manger !

Je cite Katia : « La vie ne vaut d’être vécue que tant qu’elle vous consomme ».
Les volcans, c’était leur vie. Phrase prémonitoire. J’aime à le croire.

Le 3 juin 1991, à 15h58, Katia et Maurice Krafft ont fusionné avec le volcan du Mont Unzen, sur l’île de Kyushu, au Japon.
Après exactement deux siècles de somnolence, Unzen s’est réveillé brutalement. Le réveil méchant. Celui dont on se méfie. Le réveil aux nuées ardentes.
Katia et Maurice n’étaient pas aveuglés par les turbulences de leurs enfants. Ils savaient qu’on ne provoque pas un enfant en crise. On l’observe.
Mais lorsqu’ils sont arrivés sur l’île tous les hélicoptères étaient déjà réquisitionnés par les services de presse . Alors, oui, ils ont commis une erreur.
Comme bien des parents. Sans le savoir, ils se sont engagés dans le couloir que la coulée pyroclastique allait emprunter, venant au-devant d’eux. La fusion était inévitable.
Deux jours plus tard, lorsque la nuée est retombée, leurs corps asphyxiés et brûlés par les gaz, criblés de fragments de lave solidifiée ont été retrouvés et transportés au temple Anyoji de Shimabara .
En 1996, l’enfant terrible du Mont Unzen, le parricide involontaire, est retombé dans un profond sommeil. Lorsqu’il se réveillera, il y aura, sans doute, prescription.

Geviève Mansoux


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