Le Chat d’Anastasia

 

Anastasia : anesthésiste à la polyclinique de Hénin-Beaumont.

Le Chat.

1er Tableau

(Sur un chemin dans le bois de l’Offlarde)

Anastasia

Je ne sais pas si j’ai eu raison de laisser cette lettre avant de partir. A l’heure qu’il est, ils sont en train de draguer le canal de la Deûle…

(elle se tourne vers Le Chat)

J’aurais peut-être du leur expliquer ?

Le Chat

Leur expliquer quoi Anastasia? Que tu es lasse de la vraie vie ? Lasse de distribuer 35 minutes de rêve à des patients, voire plusieurs heures ?

Tu te vois leur dire que tu as décidé de devenir un personnage de fiction ? Et que méfiante comme tu es, cette fiction, tu vas l’ écrire toi-même ? Et y entrer ?

Ma pauvre fille, personne ne te prendra au sérieux !

Cite-moi une personne, je dis bien une personne, une seule, qui croit vraiment au monde fantastique, à la fiction.

Anastasia : Toi .

Le Chat

(flatté malgré tout )

S’il te plaît, ne mélangeons pas, je te parle de la race humaine.

Anastasia

Eh bien… il y a moi !

Le Chat

C’est bien ce que je disais : avec ça, on n’est pas près de faire un club.

Écoute Anastasia. Tu te souviens de cette phrase qui revient sans cesse dans les contes pour enfants : « C’était au temps où les animaux parlaient encore » ?

Et tu peux me dire depuis quand nous avons cessé de parler ?

(Le Chat hausse la voix)

Depuis que les humains ne savent plus nous écouter. Nous ne nous entendons plus.

Anastasia

Mais moi, je t’écoute ! On s’entend bien tous les deux !

Le Chat

Et qui te croira lorsque tu diras que tu as parlé avec ton Chat de tes projets de déménagement du monde réel pour le monde de la fiction ?

A qui feras-tu croire que je suis Le Spécialiste d’Edgar Poe ?

Anastasia

(muette)

Le Chat

(attitude didactique)

Anastasia, imagine un instant qu’un dimanche matin, Jésus se présente à la sortie de la messe, à Hénin-Beaumont.

Qu’est-ce qu’il va faire le curé, à ton avis ? Se prosterner ? Louer le Seigneur ?

Non ma petite ! Il va se précipiter sur son téléphone portable et appeler la gendarmerie, les pompiers, signalant qu’un fou qui se prend pour le Christ fait du tapage sur le parvis de l’église !

Anastasia

(radieuse)

Tu sais ce que cela veut dire, en grec, Anastasia ?

Le Chat

(hésitant)

Non, et je ne vois pas le rapport !

Anastasia

(triomphante)

Cela veut dire « naître deux fois » ressusciter, si tu préfères.

Le Chat

(blasé)

Tu sais, on dit aussi que les chats ont sept vies…

(soudain soucieux)

de toute façon, tu n’es pas Jésus, d’accord ?

Et pour ta première nouvelle, dans laquelle – permet moi de te le rappeler, tu as décidé de vivre -, je te conseille de voir beaucoup moins grand ! Sois modeste, Anastasia !

Pour commencer, contente-toi d’écrire une courte nouvelle, comme cela, si tu ne t’y plais pas, tu en seras plus vite sortie, c’est logique, non ?

Sois concise, n’oublie jamais le conseil de Stefan Zweig : « de la CONCISION ! »

L’heure avance, au printemps, les jours sont encore bien courts, à Hénin-Beaumont.

Anastasia

(étouffe un baillement)

On arrive bientôt ?

Le Chat

On y est, c’est là, regarde, cette musaraigne, enfin, ce qu’il en reste : « Les reliefs de mon dernier repas ».

C’est à toi, maintenant, vas-y.

Anastasia

(l’air dégoûté)

Commencer… avec… une musaraigne ?

Dis-moi, Le Chat, tu n’as rien d’autre à me proposer dans ton chapeau ? Parce que ta musaraigne… beurk…

(Anastasia soudain inspirée)

Écoute, le Chat , je commence :

Mon titre c’est

La musaraigne.

Avec sa robe couleur de feu et l’hémoglobine qui vire au violet, c’est Le Caravage qui serait content : « morceaux éparpillés d’un festin charognard sur fond vert et ténébreux. C’est dit, je vais convoquer Le Caravage, j’adore ce mauvais garçon… »

Le Chat

(il l’interrompt)

Ecoute Anastasia, je ne te suis pas très bien. Sois cohérente ! Pense aux lecteurs ! Et pense à toi ! Fais simple ! Ni Jésus, ni Le Caravage !

(il lève les yeux au ciel)

Un mauvais garçon en plus ! Infréquentable !

Et laisse tomber

« la robe couleur de feu ». C’est d’un prétentieux !

Anastasia

Bon d’accord… alors je vais être « Marchande de synesthésie »

Le Chat

(lève un sourcil frondeur)

J’ai dit : fais simple !

Anastasia

Oui, je voulais dire tout simplement : marchande de couleur et de notes de musique .

Une cliente s’approche, Anastasia lui montre la musaraigne déchiquetée.

Anastasia

Que dites-vous de ce vert ? De ce violet ?

Non, cela ne vous dit rien ?

C’est que voyez-vous, ma palette s’épuise…

Il me reste encore de l’opale, si vous voulez… cela va avec tout, c’est neutre…

Sans indiscrétion, c’est pour assortir avec quoi ?

Avec un do dièse ?

Alors là, je vois que vous n’y êtes pas du tout !

Vous me diriez un la, bon, d’accord.

Mais un do dièse, franchement…

Laissez-moi réfléchir…

je regrette il ne me reste que du bleu ciel (elle regarde le ciel) et encore, il vire au gris, et puis ce… marron.

Que n’êtes-vous venue la semaine passée, nous avons reçu un si bel arrivage…

Oui, bien sûr, vous remettez toujours à plus tard , cosi fan tutte.

Mais dites-moi, pourquoi cette fixation sur un do dièse ?

Vous vous compliquez la vie !

Un fa, ou un sol, par exemple bref, une note qui annonce la couleur : bleu, ou gris, vous voyez ce que je veux dire ?

Non?

Alors, lisez Rimbaud, après vous comprendrez, mais ne tardez pas, car moi, je suis à la fin de mon histoire, je peux vous consacrer encore cinq lignes au plus.

Le Chat m’a dit « Sois concise », vous comprenez ?

Non ?

Mais croyez-vous un instant que de votre indécision je pourrais faire tout un roman ? 

« Do dièse cherche couleur, désespérément » ?

Désolée, je vous quitte, j’ai ma musaraigne à enterrer.

Fin du 1er tableau

Anastasia sort de sa nouvelle.

2e tableau

Le Chat

(didactique)

C’est bien pour un début, Anastasia, mais le chemin sera long encore… parfois tu sais, il faut donner au lecteur l’envie de connaître la suite, car tu es jeune encore.

Le lecteur et toi êtes en droit d’attendre de nombreux épisodes tu comprends ?

(Souriant et complice) Allez, va enterrer la musaraigne et ensuite, écris nous un abri bien confortable pour la nuit car il commence à se faire tard.

(quelques heures passent)

Anastasia

Voilà, j’ai écrit l’abri.

Le Chat

Tu l’as écrit au burin ? En style néo-colossal ?

Anastasia 

Ce n’est pas bien ? J’étais en phase d’inspiration, tu sais …

Le Chat

Alors expire maintenant !

Cocteau disait « il n’y a pas d’inspiration il n’y a que l’expiration . » 

Prends le temps de polir les mots jusqu’à ce qu’ils aient la rondeur idéale .

Regarde Thomas Bernhard : tu sais quand il reprend son souffle ? Au point final !

Ton bunker, franchement…Accueillant comme un pic à glace.

Pense au lecteur … évite les mots qui blessent l’oeil ou l’oreille.

Anastasia

D’accord, je recommence : je vais écrire un abri qui me ressemble et nous rassemble : « Chez Anastasia : tailleuse de phrases, couturière de mots, travail soigné »

Un ange passe…

Je pensais aussi qu’on pourrait inviter à nous rejoindre dans le monde de la fiction les amis qui ont déjà passé la dernière porte ….

Le Chat

Tu penses au vieux Chêne du carrefour ? A Malek ?

Anastasia

Mais non, pas au vieux Chêne!

Lui, il était en panne de feuilles, il connaissait la fatigue sans retour des grands vieillards qui préparent leur sortie .

Non… je pense à Malek… il a pris trop d’avance…

Le Chat

De l’avance ??

Anastasia

Oui, rien ne pressait , il est parti trop tôt !

La maladie comme colocataire, je connais tu sais.

D’ailleurs, un soir, quand j’étais ….

Le Chat

(lui coupe la parole)

Attention Anastasia : Qui raconte une histoire en devient responsable.

Ils cheminent en silence.

Anastasia

Je pensais que Malek aimerait faire un bout de chemin avec nous .

Le Chat

(ironique )

Dans le bois de l’Offlarde ?

Comme jardin d’Eden, il y a mieux que Hénin – Beaumont. Il est mieux dans sa tombe en Algérie .

Anastasia

Oh, les tombes, tu sais, ce ne sont que des gardes du corps éphémères. Ils n’ont pas charge d’âme.

Bon, je suis fatiguée, demain, je lui écrirai un bel endroit, mais pour ce soir, je vais nous écrire un oreiller pour héberger mes rêves.

Le Chat prend place auprès d’elle .

Le Chat

Pousse-toi , Anastasia ! Sinon, tu serais bien capable de te glisser dans mes rêves !

Mais Anastasia dort déjà, elle s’enfonce dans un coin de rêve, au creux de l’oreiller, elle rêve au décor qu’elle n’écrira pas, et puis, il n’est pas nécessaire qu’elle se réveille demain : les personnages de fiction ont l’habitude d’attendre le lecteur qui leur rendra la vie, pour quelques heures, pour quelques jours .

Il fait grand jour. Un autre jour. Le Chat s’éveille.

Anastasia, recroquevillée contre lui ronronne.

Le Chat se frotte les yeux.

Le Chat

Anastasia ! Sors immédiatement de mes rêves !

Fin du 2e tableau

3e tableau

Anastasia s’assied, hésitante, encore somnolente

Anastasia

Sortir de tes rêves, mon Chat  ? Mais qu’est-ce que tu imagines ? !

Ce que je souhaiterais, bien au contraire, c’est sortir de mes rêves, tu t’en souviens ?

Les vacances en Tunisie, à la Marsa . Au petit matin bleu, l’appel tout en douceur du muezzin, lorsque le corps est rassasié de sommeil, mais pas gavé. L’appel à la prière car Dieu est grand et la journée si longue ! Comme une condamnation à vie.

Le Chat

A vie ?

Anastasia

Mais oui, tu le sais bien, la vie, c’est une expérience qui finit toujours mal !

Et tu sais très bien où je t’ai entraîné… dans une antichambre entre la vie, la mort,

le réel et la fiction… dalles molles et parquets fluctuants, comme tu les aimes…

Le Chat

Mououi…

Bon, si on faisait une pause ?

J’ai les lèvres qui applaudissent, tu sais… et les pattes à la traîne.

Anastasia

Bon, tu stresses. Je te stresse. Tu manques de magnésium.

Le Chat

Arrête , Anastasia , j’ai horreur du chocolat .

Anastasia

Bien, pour en revenir à la mort, et à la dernière porte, je pensais à Malek . « Que la terre d’Algérie lui soit légère… »

Un olivier, peut-être, pour colorier les ombres au soleil couchant ? Encore que… la plus fidèle compagne de l’homme, au soleil couchant, c’est bien son ombre.

(un autre ange passe)

(Anastasia pensive )

Cher Malek, il avait toujours peur d’arriver en retard, il aura pris de l’avance sur nous, voilà tout .

Le Chat

Oui, Malek était sensible aux maux et aux mots des autres .

Il VOUS reste SES MOTS .

Anastasia

Ses MOTS ? A NOUS ? Qui cela ? Nous ?

Le Chat

Bien oui, Anastasia ! A vous ! Les chats ne savent ni lire, ni écrire, tu le sais bien !

(Le chat en apparté)

Et pour moi, Malek, il est parti deux fois…

Anastasia

(émue ,les larmes en bordure  des cils)

C’est vrai qu’il faisait place aux mots des autres .

Le Chat

Oui, te souviens tu ? Et un soir à Sablet, chez Marie-Hélène, il m’a appris le mot oecuménisme .

Et le chat de Marie-Hélène, qui sait toujours tout, m’a dit que cela voulait dire « Tohu-bohu » .

Anastasia

(conciliante)

Oui, si on veut, on pourrait dire aussi, « épousailles » « maillage » … ou amour, tout simplement !

Cela veut dire que nous sommes tous dans la paume de la main de Dieu, et que d’un geste, il nous éparpille, ou nous resserre…

Le Chat

Et voilà Anastasia que tu t’éparpilles, mais cette fois, c’est ma faute, je t’ai menée sur un chemin de traverse, loin du bois de l’Offlarde, et bien loin d’Hénin -Beaumont… avec mon « oecuménisme » .

Anastasia

Mais non, mon Chat, en quittant Hénin-Beaumont, j’écrivais déjà les premières lignes du chemin de traverse… j’écrivais, ou plutôt, j’étais écrite. Je suis écrite, comme on dirait  je suis hantée, habitée…

Le Chat

(goguenard)

Comme un manoir écossais ? Tu vas devenir un fantôme passe-muraille ?

Anastasia

Hélas non, mais plutôt , disons… comme le Sonderlager du Fort-Queuleu, à Metz, et là, nous ne sommes hélas plus dans la fiction, mais dans la Mémoire, dans l’Inoubliable, dans ce qui m’habite, me hante et qui sans cesse franchit la frontière floutée qui va de la veille au sommeil méandreux, et si Dieu veut, peut-être à la fiction libératrice .

Le Chat

A la fiction libératrice? Alors tu vas écrire l’histoire du Sonderlagen ? De la Casemate Feste Goeben ? Et après, tu iras mieux, peut-être ?

Anastasia

Écrire , être écrite ? Pousse-toi de ma nouvelle le Chat !

Mon crayon se fait char d’assaut et s’il dérape, il t’écrasera, toi, comme j’ai été écrasée, au Fort de Queuleu, avec une brutale inconvenance .

Fin du 3e Tableau

4e Tableau

Voix off n°1

En toile de fond, une photo de l’entrée du camp d’internement de la Gestapo, à Metz, au Fort-Queuleu 1943-1944, camp de tri, de questionnement, et de l’avis des survivants, sans doute le pire de tous les camps.

Voix off n°2 celle d’Anastasia

Mai 2016. Un guide débite l’horreur : les détenus, amenés en camion des bureaux de la Gestapo, yeux bandés, poings et chevillés liés, précipités du haut d’un escalier en bas duquel ils ne peuvent que s’écraser, se fracturer… et vivre encore, vivre leur mort, prochaine, libératrice, douleur au-delà de la vie, le temps d’un Questionnement, des mots qu’on leur arrache, des informations qu’ils ne donnent pas…

Voix off n°1

Dans une cellule reconstituée (photo en toile de fond), Anastasia s’est assise sur un banc où les détenus sont restés figés, 18 heures durant, yeux bandés, pieds et mains ligotés, la tête tournée vers le judas, dans un silence qui dit la mort.

Anastasia enfonce ses doigts dans le bois, ultime communion , geste de tendresse,

Quel nom mettre sur la blessure qu’elle ne peut nommer, écrire, dire ?

Quelle histoire écrire ?

Le parc du Fort Queuleu est transformé en parcours de santé : de bonne santé, l’herbe y repousse, la vie et les enfants aussi, cadeau du temps.

Entre deux célébrations et levé de drapeaux le souvenir pratique l’art de l’esquive.

Anastasia s’éloigne vers ce qui sera… un souvenir cauchemardesque, une belle histoire qu’elle va inventer, un rêve qu’il lui faut encore rêver.

Qui sait ?

Mais le Fort Queuleu est-il vraiment un « pousse au rêve » ?

Fin du 4e tableau

5e tableau

(Quelques jours plus tard et plus au sud )

Le Chat

Dis-moi, Anastasia, de la charogne de musaraigne à La Marsa, de Malek au Fort Queuleu, tu n’as pas peur qu’elle fasse un peu décousu, ton histoire ?

Anastasia

Pourquoi, décousue ? Je suis couturière de phrases. Décousues, déchirées. Tailleuse de souvenirs en lambeaux.

Alors dans ces conditions, crois-tu qu’il soit facile de coudre droit ? De suivre la trame ? Y a-t-il toujours une trame ?

Moi, je suis le cours d’une rivière intranquille, attentive à ne pas faire naufrage, et c’est difficile.

Le Chat

Quitte le cours de la rivière, Anastasia. Suis le canal ! Qui t’en empêche ?

Anastasia

Moi, tout simplement ! Les histoires bien lisses, soporifiques, cela m’ennuie. Déformation professionnelle. J’ai été trop longtemps anesthésiste…

Le Chat

Prends soin de toi, Anastasia, c’est si vite arrivé, un naufrage, même littéraire.

Et ce n’est pas moi qui te sauverai.

J’ai horreur de …

Anastasia

(l’interrompt)

Oui, je sais, tu as horreur du chocolat et de l’eau.

Ne t’inquiète pas Le Chat.

Regarde Antoine de Tounens, Roi de Patagonie. Absent de la vie réelle.

Naufragé de la vie, telle qu’il la voulait être.

Et bien, sa couronne, il l’a inventée ! Son royaume, il l’a écrit ! Et il a ramé, et souqué ferme !

Mais ce qu’on écrit, ce qu’on nomme, on se l’approprie.

Alors, quand tu me demandes de suivre un canal, c’est comme si tu demandais à Antoine de Tounens de redevenir un petit avoué de province, rien de moins !

Le Chat

(exaspéré)

Anastasia ! Il n’y a que les lecteurs de Jean Raspail et de Charles Cros qui te comprendront ! Et encore !

Anastasia

(sur un petit nuage)

Rien que les lecteurs de Jean Raspail, dis-tu ?

Mais mon Chat, ce serait… fabuleux !

Fin du 5e tableau

6e tableau

Anastasia

Ce qu’il faudrait, c’est qu’un écrivain m’adopte. Tu vois ?

Le Chat

Pas vraiment, non ….

Anastasia

Et bien, il faudrait qu’un écrivain – quelqu’un de célèbre bien sûr – m’inclue dans un de ses livres.

Qu’il fasse de moi un de ses personnages.

Oh, un rôle secondaire, bien sûr… pour commencer…

Le Chat

(moqueur)

Bien sûr… pour commencer…

Anastasia

C’est que je me sens toute seule, moi, pour écrire.

Le Chat

Bien sûr, je ne suis qu’un chat, un compagnon « low cost », une demi-portion d’ami qui s’use les coussinets à te suivre, mes pattes semblent sortir de l’étal du boucher, mes griffes feraient sangloter un oisillon !

Tiens, je suis bon pour la SPA du premier village que nous traverserons, d’ailleurs, on y arrive…

Anastasia

Ce que tu es susceptible ! Et d’abord, Nyons, c’est une ville, pas un village !

Tu es mon Chat de compagnie. De compagnie… animale… bien sûr…

silence

Ce qu’il faudrait, vois-tu, c’est que quelqu’un – disons comme Alain Mabanckou – me fasse entrer dans un de ses livres.

N’importe lequel, je les aime tous, j’y serais si bien ! Comme chez moi !

Je pourrais tenir compagnie à ses sœurs étoiles, ou bien être le double animal d’un des personnages. Je vais y réfléchir .

Le Chat

(éberlué)

Toi ?? un animal ? Tu crois qu’on devient un animal digne de ce nom du jour au lendemain.

Anastasia, tu rêves, une fois de plus.

Anastasia

Oui, je rêve. Je me verrais bien en caméléon invisible !

C’est original, tu ne trouves pas ? En tout cas, on n’a jamais vu de caméléon invisible, pas dans la littérature, en tout cas…

Le Chat

Mes cordes vocales m’abandonnent.

Je ne te suis pas bien… au figuré, cela s’entend !

Un caméléon invisible ?

On aura tout vu !

Fin du 6e tableau

7e tableau

Anastasia

(seule… quelques jours ont passé.)

Je vais poser mon crayon, mes carnets… Attendre un repreneur.

S’il en vient un.

Mettre une petite annonce dans le « Magazine Littéraire », ou dans « Lire », peut-être :

« Personnage de fiction, original et attachant cherche rôle dans une pièce de théâtre ou un roman. Science -fiction s’abstenir ».

C’est vrai, la science fiction cela m’angoisse.

J’ai libéré mon chat. Retour à la vie réelle.

En fait, il est ravi, en pension à Sablet chez Marie-Hélène, il a retrouvé une vieille connaissance féline et soigne ses petits bobos.

Et puis, que ferait-il, à attendre avec moi, coincé entre ces dernières lignes et le point final ?

Fin de 7e tableau

Geneviève Mansoux


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *